Fiche n° 391 : La Brigade Chimérique II et III de Gess, Lehman, Colin et Bessoneau

Publié le par Aneria

Couverture :

Résumé :
Ils sont nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle des gaz et des armes à rayons X.
Ils ont pris le contrôle des grandes capitales européennes. Par-delà le bien et le mal.
Les feuilletonistes ont fait d'eux des icônes. Les scientifiques sont fascinés par leurs pouvoirs. Pourtant, au centre du vieux continent, une menace se profile, qui risque d'effacer jusqu'au souvenir de leur existence.

Informations complémentaires :
Tome 2 : http://critic.fr/detail_livre.php?livre=33876
Tome 3 : http://critic.fr/detail_livre.php?livre=33877

Mon avis :
       J'ai vu, lu, entendu, que le volume un des Brigades Chimériques en avait laissé quelques-uns sur leur faim. J'en fais partie. Ou plutôt, j'en ai fait parti. A l'image même de la BD, les choses ont profondément changé ! 

       Le décor a été planté, la scène est totalement en place. Inutile de présenter d'avantage ce monde hors du commun. Maintenant qu'on a pu l'approcher en douceur, les auteurs lâchent les chiens. Et quelle baffe mes amis... 

       Ne comptez pas sur moi pour dévoiler une goutte de plus de l'intrigue, mais je peux vous assurer sans aucun problème que ces tomes deux et trois sont bien plus denses, couillus, recherchés et allumés que le premier ! 

       D'une richesse invraissemblable et pourtant fluide et magnifique, cette BD est tout simplement une TUERIE. Des contes de nos enfances, des personnages de cette époque, des mythes et des rêves dont nombre ont entendu parler... Tous les plus fameux ingrédients du fantastique sont réunis dans cette uchronie encore plus barrée qu'elle n'en avait l'air ! Fin et tragique, le scénario enfin libéré des contraintes de « l'incipit » passe notre histoire à l'acide en nous procurant un plaisir tout bonnement jouissif !

       L'Histoire livrée en pâture aux grandes figures de toutes les fictions. Rien de moins. Je vous épargne la liste des référence, j'ai de toutes façons dû en manquer au moins la moitié tant ce monde est riche. Tour de force, là où on pourrait craindre des lourdeurs, tout s'imbrique à la perfection. Libre à vous de vous torturer à dénicher toutes les « identités secrètes » ou de vous laisser promener, avec une aisance incroyable, dans ce dédale haut en couleurs.

       A l'époque où nombre d'historiens cherchent à humaniser l'Entre-Deux guerres, les collants, les robots et la noirceur absolue trouvent une place de choix dans ces sombres pages du passé. C'en est presque «rafraîchissant» de voir le potentiel d'abomination du facisme traité de cette façon, et pas exclusivement dans la fenêtre 39-45 ; que les autres pays et nations, notamment la nôtre, soient aussi secouées. Offrir toute l'Europe comme terrain de jeu à ce genre de délire était un pari risqué, et il n'est pas qu'à moitié gagné !

       Le ton est bien choisi, balançant sur le fil du rasoir entre dramatique et décalé, tout à fait digne des plus grandes épopées sur papier glacé d'Outre-Atlantique ! Sans exagérer, je verrai bien ce genre de scénario dans la prestigieuse collection Vertigo ! On là dans des registres, des thèmes et des mises en scène que les maîtres du « comic noir », comme Moore et Gaiman, n'auraient pas renié !

       Je serais tenté de dire que si on avait là «seulement» un roman, j'aurai un de mes coups de coeur de l'année. Mais quand on pense que l'on parle bien d'une BD, que dis-je, d'un vrai comicbook, là, ça impose un total respect ! D'autant que la mise en images est tout simplement ME-MO-RABLE ! 

       Dynamiques, sombres, fortes en personnalité, les planches ne sont pas sans rappeler la griffe d'un certain Mignola (dans cette nature « tragique », dans ces traits tortureux) mixé avec un Kevil O'Neill (La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, faut tout vous dire !) amputé de ses excès. Un régal ! Cette patte ajoute un certain mystère, une véritable âme et un corps très efficace au squelette que l'on doit au tandem d'auteurs. Le tout colorisé à l'ancienne, un petit extra « vintage », clin d'oeil au look des comics « à l'ancienne » qui parfait totalement une ambiance visuelle. Des couleurs simples, un aspect d'une certaine froideur, un côté un peu délavé et plus appréciable. Difficile de se décider entre l'impression d'images d'archives ou d'un pulp au charme vieillot. C'est bien là le genre de petits détails qui achèvent de propulser les sens et le coeur du lecteur au plus profond de l'uchronie. Absolument imparrable !

9.5/10 Intense, intelligent, puissant, troublant. A l'image de la Brigade elle-même, la BD, le comicbook, qui les met en scène est d'une rare qualité. Riche et racée, belle et terrifiante, cette épopée fait rêver et rend hommage à toute une époque dans ce qu'elle a de mieux et de pires. Une lecture totalement exceptionnelle, une série grandiose! READ & (cry) DIE!

Aneria

Publié dans Critiques Comics

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C
<br /> Je partage ton enthousiasme sur la brigade, je viens de finir le tome 6. le 4 m'avait un peu laissé dubitatif, mais l'ensemble est GENIAL ! dommage que ce soit fini :-(<br /> Pour l'anecdote, le créateur du Nyctalope, Jean de la Hire, à été victime des gaz pendant 14-18 et semblerai avoir été plutot du coté Pétain que De Gaulle pendant 39-45, ça apporte une autre<br /> dimension à la lecture de la Brigade et à la maniere d'appréhender le comportement du Nyctalope.<br /> <br /> <br />
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S
<br /> Bon, je vais peut-être les lires, ces deux suites... en espérant que j'accroche vraiment cette fois-ci !<br /> <br /> <br />
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